Citadel Pass (BC), mercredi le 5 août 2009
Longue et pénible fut la montée de Citadel Pass…interminable devrais-je plutôt dire.
L’humidité de la nuit était incroyable et la fumée qui s’échappait de mes poumons témoignait de sa fraîcheur.
La fatigue s’installait graduellement et mon allure diminuait progressivement. La lumière de la lune avait, depuis peu, été engloutie par les méchants nuages qui laissaient pendre un risque d’orage imminent, mais je m’en fichais.
Je marchais donc à une allure de tortue, éclairé de ma lampe frontale, comme dans un film au ralenti. La montée n’était pas si prononcée, mais elle s’étendait, en revanche, très loin.
Le poids de mon sac commençait à me faire souffrir et le combat n’en devint que plus intéressant ! Le sentier suivait le flanc de Citadel Peak, épousant son contour, s’élevant à des centaines de mètres de la vallée du Porcupine campground.
Le moindre faux pas sur ce sentier large de
Par chance, je ne tombai pas, mais passai près à quelques reprises. La fatigue y était très certainement pour quelque chose !
Mon combat avec le col dura près de 1h30 alors que je pensais en prendre le tiers ! Cet erreur de calcul m’a directement privé de plusieurs calories qui m’auraient certainement aidé à affronter le restant de la nuit, mais telle est la loi into the wild !
Arrivé en haut du col, je mangeai en vitesse. Deux tranches de fromage orange, des barres tendres et des toasts au beurre de peanut pré-fabriquées. J’attendis impatiemment que la pristine fasse effet dans mon eau afin de pouvoir boire tout mon comptant, mais ce faisant je me gelai le cul. L’humidité de mon corps était telle que ce dernier n’arrivait plus à se réchauffer de lui-même. Il m’aurait fallu changer de vêtement, ce qui n’était pas possible dans l’immédiat.
Je savais que ma hike était maintenant un combat contre la mort. Impossible de m’arrêter ni de bivouaquer vu la pluie imminente et le brouillard dans lequel je me trouvais. Je savais également qu’il n’y avait aucun abri à moins de dix kilomètres de distance, soit à Sunshine Village.
Au moment de me remettre en route, j’avais donc parcouru
Les meadows étaient détrampés et, lorsque la lune trouvait une percée entre les nuages, ces derniers brillaient de rosée !
Bizarrement, j’aimais toujours autant ma ballade même si j’étais fatigué au point de marcher en zigzaguant, comme si j’étais en boisson. À tout moment, l’ombre d’un petit sapin ou celle d’une roche me faisait sursauter. Assailli de sueurs froides, je me disais chaque fois que cette ombre était celle d’un ours qui allait me manger et je me suis traité de con chaque fois que c’est arrivé. La fatigue était si poignante que j’hallucinais. C’était très fort et en même temps très étrange.
Je ne peux pas dire qu’avoir peur de mourir veut nécessairement dire qu’on tient à la vie, mais ça peut donner une bonne idée de départ, enfin je crois…
Je peux seulement dire que j’ai eu très peur, à en chier presque dans mes culottes, mais qu’au fin fond de l’histoire, je m’en suis bien sorti !
J’utilisai les dernières forces de mon ipod pour m’aider à avancer plus vite. Joe satriani fut des plus inspirant ajoutant émotion à ma chair de poule. J’oubliai ma douleur pendant un certain moment et des ailes me poussèrent dans le dos.
Les derniers « stretches » furent néanmoins très longs. J’avais très hâte d’arriver.
À 6h30, j’atteignis les sentiers de gravier de Sunshine. J’avais parcouru 35km en un peu moins de onze heures en incluant le temps que j’ai pris pour mon souper à la cabane du ranger.
Je récupérai le gaz que j’avais caché à mon arrivée et je me dirigeai vers l’hôtel principal avec l’intention de fracasser une vitre si jamais il n’y avait personne pour m’ouvrir une porte : cas de force majeure !
Mais comme la chance continuait de me suivre partout, je rencontrai de gentils messieurs de la construction qui m’invitèrent à me réchauffer dans la cafétéria ouverte spécialement pour eux. Ils m’offrirent un repas des plus copieux : bagel avec œuf, crème Philadelphia, bacon et salade !
La nourriture me rentra dedans et je me sentis soudainement ressuscité ! Je changeai de vêtements et me retrouvai à attendre le bus pour redescendre au parking, caché de la pluie sous un porche.
Je vis le bus jaune monter le long du chemin forestier à 8h 15. Le chauffeur était désagréable, mais je suppose que j’étais son premier client et qu’on est tous un peu marabou au début de la journée !
Une fois rendu au parking, il me fallait trouver un lift pour me rendre jusqu’à l’autoroute, qui est à une distance de
J’atterri sur le bord de l’autoroute à 9h30 et dû attendre vingt minutes avant que quelqu’un me prenne à son bord.
Encore une fois, ce fut toute une aventure !
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AVENTURE EN CAMIONNETTE
Mes trois nouveaux amis, probablement réchauffés au crack, s’en allaient à Golden au B.C. où devait avoir lieu un incroyable festival de musique électronique. Le plus vieux des trois devait approcher la cinquantaine et il m’expliqua qu’il avait ramassé les deux autres sur le pouce au Manitoba. Initialement, il était parti de Kingston en Ontario et devait se rendre en Saskatchewan pour un nouvel emploi. Après avoir rencontré les deux jeunes, il avait mis la hache dans son projet et avait décidé d’aller au festival ; un choix plutôt idiot selon moi ! Par chance, ils étaient très sympathiques malgré leur allure louche ! et nous discutâmes de beaucoup de choses (la couleur incroyable de
À un moment, un silence emplit le petit camion dans lequel nous prenions place et un signal sonore assez strident se fit entendre. Alerté, je constatai qu’aucun de mes « amis » ne réagissait. Après quelques secondes, le plus vieux s’écria et je cite : « Oh yeah right ! » Comme si la seule cellule encore vivante de son cerveau s’éveillait d’une hibernation de 6 mois ! Il farfouilla sous son siège et en sorti une machine munie d’un embout et d’un fil relié au tableau indicateur du véhicule. Prenant un grand souffle, il expira tout son air dans la machine qui s’éteignit, satisfaite et repue.
Il m’expliqua ensuite qu’il avait déjà « pété la balloune », mais qu’il avait maintenant appris sa leçon ! Très rassurant pensai-je ! Il était passé de la boisson au crack !
J’arrivai tout de même en sécurité à Lake Louise, comme vous vous en doutez.
Je me dirigeai rapidement vers l’appartement d’Émilie où je sombrai dans un sommeil des plus régénérateur ! Je l’avais, en quelque sorte, mérité !











