dimanche 18 octobre 2009

Alberta PART 6

Citadel Pass (BC), mercredi le 5 août 2009


Longue et pénible fut la montée de Citadel Pass…interminable devrais-je plutôt dire.


L’humidité de la nuit était incroyable et la fumée qui s’échappait de mes poumons témoignait de sa fraîcheur.


La fatigue s’installait graduellement et mon allure diminuait progressivement. La lumière de la lune avait, depuis peu, été engloutie par les méchants nuages qui laissaient pendre un risque d’orage imminent, mais je m’en fichais.


Je marchais donc à une allure de tortue, éclairé de ma lampe frontale, comme dans un film au ralenti. La montée n’était pas si prononcée, mais elle s’étendait, en revanche, très loin.


Le poids de mon sac commençait à me faire souffrir et le combat n’en devint que plus intéressant ! Le sentier suivait le flanc de Citadel Peak, épousant son contour, s’élevant à des centaines de mètres de la vallée du Porcupine campground.


Le moindre faux pas sur ce sentier large de 2 pieds et demi ne laisse pas de chance. La chute, qui n’est pas une véritable chute, entraîne sa victime sur une pente de 50 degrés sur de l’herbe mouillée qui est clairsemée d’arbres à intervalles irréguliers. À moins d’être vraiment chanceux, la chute se termine en collision avec l’un d’eux.

Par chance, je ne tombai pas, mais passai près à quelques reprises. La fatigue y était très certainement pour quelque chose !


Mon combat avec le col dura près de 1h30 alors que je pensais en prendre le tiers ! Cet erreur de calcul m’a directement privé de plusieurs calories qui m’auraient certainement aidé à affronter le restant de la nuit, mais telle est la loi into the wild !


Arrivé en haut du col, je mangeai en vitesse. Deux tranches de fromage orange, des barres tendres et des toasts au beurre de peanut pré-fabriquées. J’attendis impatiemment que la pristine fasse effet dans mon eau afin de pouvoir boire tout mon comptant, mais ce faisant je me gelai le cul. L’humidité de mon corps était telle que ce dernier n’arrivait plus à se réchauffer de lui-même. Il m’aurait fallu changer de vêtement, ce qui n’était pas possible dans l’immédiat.


Je savais que ma hike était maintenant un combat contre la mort. Impossible de m’arrêter ni de bivouaquer vu la pluie imminente et le brouillard dans lequel je me trouvais. Je savais également qu’il n’y avait aucun abri à moins de dix kilomètres de distance, soit à Sunshine Village.


Au moment de me remettre en route, j’avais donc parcouru 25 kilomètres depuis mon départ de la R.C. Hind Hut. C’est drôle à dire, mais le reste de mon aventure me fait penser au triathlon, car il devint un combat de plus en plus mental. L’important à la fin d’une course, c’est la force mentale, c’est cet attribut qui en détermine inexorablement l’issu.


Les meadows étaient détrampés et, lorsque la lune trouvait une percée entre les nuages, ces derniers brillaient de rosée !


Bizarrement, j’aimais toujours autant ma ballade même si j’étais fatigué au point de marcher en zigzaguant, comme si j’étais en boisson. À tout moment, l’ombre d’un petit sapin ou celle d’une roche me faisait sursauter. Assailli de sueurs froides, je me disais chaque fois que cette ombre était celle d’un ours qui allait me manger et je me suis traité de con chaque fois que c’est arrivé. La fatigue était si poignante que j’hallucinais. C’était très fort et en même temps très étrange.


Je ne peux pas dire qu’avoir peur de mourir veut nécessairement dire qu’on tient à la vie, mais ça peut donner une bonne idée de départ, enfin je crois…


Je peux seulement dire que j’ai eu très peur, à en chier presque dans mes culottes, mais qu’au fin fond de l’histoire, je m’en suis bien sorti !


J’utilisai les dernières forces de mon ipod pour m’aider à avancer plus vite. Joe satriani fut des plus inspirant ajoutant émotion à ma chair de poule. J’oubliai ma douleur pendant un certain moment et des ailes me poussèrent dans le dos.


Les derniers « stretches » furent néanmoins très longs. J’avais très hâte d’arriver.


À 6h30, j’atteignis les sentiers de gravier de Sunshine. J’avais parcouru 35km en un peu moins de onze heures en incluant le temps que j’ai pris pour mon souper à la cabane du ranger.


Je récupérai le gaz que j’avais caché à mon arrivée et je me dirigeai vers l’hôtel principal avec l’intention de fracasser une vitre si jamais il n’y avait personne pour m’ouvrir une porte : cas de force majeure !


Mais comme la chance continuait de me suivre partout, je rencontrai de gentils messieurs de la construction qui m’invitèrent à me réchauffer dans la cafétéria ouverte spécialement pour eux. Ils m’offrirent un repas des plus copieux : bagel avec œuf, crème Philadelphia, bacon et salade !


La nourriture me rentra dedans et je me sentis soudainement ressuscité ! Je changeai de vêtements et me retrouvai à attendre le bus pour redescendre au parking, caché de la pluie sous un porche.


Je vis le bus jaune monter le long du chemin forestier à 8h 15. Le chauffeur était désagréable, mais je suppose que j’étais son premier client et qu’on est tous un peu marabou au début de la journée !


Une fois rendu au parking, il me fallait trouver un lift pour me rendre jusqu’à l’autoroute, qui est à une distance de 15 kilomètres. Vidés de mes forces, il était hors de question que je descende ce chemin à pieds. Par chance, encore, je commençai à discuter avec une jeune asiatique du nom de Tomo qui décida de me prendre à son bord vu qu’elle devait retourner à Canmore.


J’atterri sur le bord de l’autoroute à 9h30 et dû attendre vingt minutes avant que quelqu’un me prenne à son bord.


Encore une fois, ce fut toute une aventure !


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AVENTURE EN CAMIONNETTE


Mes trois nouveaux amis, probablement réchauffés au crack, s’en allaient à Golden au B.C. où devait avoir lieu un incroyable festival de musique électronique. Le plus vieux des trois devait approcher la cinquantaine et il m’expliqua qu’il avait ramassé les deux autres sur le pouce au Manitoba. Initialement, il était parti de Kingston en Ontario et devait se rendre en Saskatchewan pour un nouvel emploi. Après avoir rencontré les deux jeunes, il avait mis la hache dans son projet et avait décidé d’aller au festival ; un choix plutôt idiot selon moi ! Par chance, ils étaient très sympathiques malgré leur allure louche ! et nous discutâmes de beaucoup de choses (la couleur incroyable de la Bow River entres autres).


À un moment, un silence emplit le petit camion dans lequel nous prenions place et un signal sonore assez strident se fit entendre. Alerté, je constatai qu’aucun de mes « amis » ne réagissait. Après quelques secondes, le plus vieux s’écria et je cite : « Oh yeah right ! » Comme si la seule cellule encore vivante de son cerveau s’éveillait d’une hibernation de 6 mois ! Il farfouilla sous son siège et en sorti une machine munie d’un embout et d’un fil relié au tableau indicateur du véhicule. Prenant un grand souffle, il expira tout son air dans la machine qui s’éteignit, satisfaite et repue.


Il m’expliqua ensuite qu’il avait déjà « pété la balloune », mais qu’il avait maintenant appris sa leçon ! Très rassurant pensai-je ! Il était passé de la boisson au crack !


J’arrivai tout de même en sécurité à Lake Louise, comme vous vous en doutez.


Je me dirigeai rapidement vers l’appartement d’Émilie où je sombrai dans un sommeil des plus régénérateur ! Je l’avais, en quelque sorte, mérité !

jeudi 8 octobre 2009

Alberta PART 5

R.C. Hind hut (B.C.), mardi le 4 août 2009



La pluie cessa vers 5h am.

Je me levai pour constater que le temps était maussade et que le sommet du Mt. Assiniboine était caché derrière un épais brouillard. Dans ces circonstances, il était impossible de s’aventurer très loin de la hutte. Faire autrement aurait été très dangereux. Déjà que les roches ne sont pas très solides par ici, tenter une ascension sur des parois croulantes et glissantes aurait été du suicide.

Déçu, je me préparai un excellent café que je bu en regardant les alentours par les différentes fenêtres de la hutte. La température était toujours bloquée à plus ou moins 5 degrés Celsius et je devais porter ma doudoune en permanence pour ne pas trop attraper froid. Déjà que je me sentais plus ou moins fiévreux.

À 2800m d’altitude, il n’y a pas grand-chose à faire. Je pensai plusieurs fois aller explorer les sommets environnants, mais la pluie me persuada à chaque fois de laisser tomber ce projet qui ne m’aurait laisser que plus fatigué.
La bouffe et l'ennui dans la joie!

Je profitai donc de la journée pour me reposer et pour reprendre les forces que j’avais perdues en marchant comme un déchaîné au cours des derniers jours. Mon régime alimentaire était très simple : des tranches de fromage orange, des cannes de sardines, des pâtes, du jus de pêches et du pain aux bananes.

Je fis plusieurs siestes, mais me réveillai à toutes les heures, hanté par une angoisse dont je n’arrivais tout simplement pas à me débarrasser. Je cherchai la ou les raisons à cet état et je me rendis compte que je ne supportais pas la solitude. Seul, isolé de toute présence humaine, mon esprit n’acceptait pas de n’avoir rien à faire, nulle part où aller. C’était comme si je me sentais « emprisonné », récusé en quelque sorte. Rester assis dans la hutte à ne rien faire n’était pas très avantageux parce que la température de mon corps baissait tranquillement malgré mes vêtements chauds. La seule place où j’étais confortable était mon sac de couchage, mais je m’y sentais à l’étroit.

J’étais pris dans une sorte de paradoxe et il n’y avait pas de solution véritable.

Néanmoins, je sortais régulièrement pour prendre des photos sur le « balcon » devant la hutte et la journée passa tout de même rapidement.

La hutte est munie d’une radio avec laquelle on peut communiquer avec le ranger pour connaître la météo à venir ou pour les urgences. Vers 19h, j’appelai le ranger et il me confia que la météo ne faisait que se détériorer pendant plusieurs jours encore, ce qui ne me sembla pas très bon.

Vers 19h30, je le rappelai et lui signifiai mon intention de redescendre immédiatement vu les circonstances. Je lui assurai que je me sentais bien et que j'étais reposé. La seule pensée de quitter ma réclusion m’enchantait vivement et malgré la beauté de l'endroit, j'avais hâte de plier bagage.

J’ai rapidement ramassé mes affaires et je me suis mis en route vers la Gmoser’s. Pour descendre, j’optai pour une langue de neige de quelques centaines de mètres ce qui, je le souhaitais, aller économiser mes genoux. Mes souhaits furent exaucés et je me laissai glisser sur les fesses sur pratiquement toute la longueur de la langue.
Les 800m que j'ai laissé vierges dans la pluie

Descendre le Gmoser’s fut beaucoup plus simple que le monter et j’arrivai à son pied vers 20h30.

Peu après avoir repris le sentier qui se dirigeait vers la cabane du ranger, je rencontrai un cerf qui broutait les arbustes d’une petite clairière. Nous nous observâmes pendant quelques minutes et il décida finalement de prendre la route du Magog Lake.

J’arrivai à la cabane du ranger à 21h et beaucoup de touristes étaient attablés dans la salle principale. Ces derniers dormaient dans les Assiniboine lodges, les luxueux refuges bordant la colline dominant le Magog Lake. Le prix d’une nuitée est ridiculement élevé. Il faut en effet débourser quelques 300$ pour y passer la nuit. On peut y acheter de la bière à 7$ l’unité !

Bref, on m’invita à me joindre au repas en cours. J’eus droit à un repas chaud préparé par la femme du ranger constitué de quiche, de patates et de légumes accompagnés d’un pâté au poulet délicieux. J’engouffrai tout ce que je pus et j’eus même droit à un pepsi et un café pour dessert.

Je discutai avec mes compagnons de table et leur exposai mon intention de retourner directement à sunshine Village le soir même. Cette révélation réduit au silence tous les convives.

Tous les regards étaient braqués sur moi comme si j’étais un fou sorti d’un asile.

Fort de l’expérience de Gaétan Martineau, je leur expliquai qu’une telle entreprise était tout à fait de mon ressort, mais ils ne voulurent rien entendre. Toutes les raisons étaient bonnes pour que je ne parte pas ! Les ours, les elks, les loups, le froid, l’incroyable distance, le fait que j’étais seul…

Après un certain temps, je commençai à ressentir un agacement incroyable. Je ne comprenais pas ce que tous ces gens faisaient dans un endroit pareil s’ils ressentaient autant de peur face à la nature. L’état zen que je recherchais était brisé, discontinué en quelque sorte, par tant de précautions. Certes, il faut être prudent, mais si on devient malade de la protection et de la planification, que reste-t-il à l’aventure ? Pour moi, mon voyage commençait par un léger ingrédient de danger. Sans lui, mon périple ne me semblait pas plus intéressant qu’un après-midi devant la télé. Cela ne m’empêchait pas de vouloir le faire avec une certaine sécurité. On le sait tous, le risque est une évaluation subjective, chacun en a sa propre idée…

Bref, je partis tout de même.

Sur le coup de 22h30, je dis au revoir à tous les convives et repris le chemin de Sunshine. Armé de mon courage, de ma patience et de ma stupidité, j’entrepris le grand retour. 30km dans le noir, seul avec moi-même !

Il est difficile de me souvenir de tout ce qui s’est passé, mais je retire beaucoup d’émotions à seulement songer à cet épisode. L’air était doux et frais. Je ne me sentais pas menacé outre mesure et j’avançais à vive allure.

Quelques temps après être parti, les nuages se dispersèrent et j’eus droit à un spectacle des plus enchanteurs ! La pleine lune illuminait les prés couverts de rosées de sa présence. Nul besoin de lampe frontale dans une occasion pareille.

Je marchais en chantant à voix haute, plus heureux que je n’aurais pu espérer l’être dans les circonstances. Au loin, le sentier s’étirait sur des kilomètres et j’étais seul, complètement livré à moi.

Le calme des environs était déconcertant ; seul le bruit de l’herbe pouvait être entendu, glissant sur mes bottes et mes guêtres.

Pendant de nombreux kilomètres, je ne me suis soucié de rien. J’ai marché et marché, sans jamais m’arrêter. Je passai rapidement le Ogg Lake et passai en coup de vent dans Valley of the Rocks où ma peur de rencontrer des ours atteignit son paroxysme. Chaque détour, chaque arbre semblait cacher quelque de dangereux et les ombres s’amusaient à me confondre, laissant perler une sueur froide le long de mon échine.

Au fur et à mesure que la soirée avançait ma faim grandissait, mais je ne voulais pas arrêter avant d’être sur les hauteurs pour éviter d’être coincé dans une combe. À minuit, j’atteignis la limite Nord de la vallée et me retrouvai sur les pentes inférieures de Citadel Pass.

L’itinéraire de mon retour n’empruntait pas le même chemin que celui qui m’avait mené à Porcupine campground. Au lieu de passer par les zigzags interminables, mon chemin devait monter plus lentement, mais beaucoup plus longuement. Je me disais qu’il me faudrait bien 30 minutes pour grimper le long sentier qui suivait le flan d’une montagne rocheuse. Je me croyais donc en mesure d’atteindre rapidement la frontière Alberta/Colombie-Britannique. Considérant mon évaluation, je reportai donc à plus tard mon repas et m’arrêtai seulement pour prendre quelques clichés de la lune à travers les nuages qui commençaient à s’accumuler. À ce moment, j’avais un moral d’enfer !

jeudi 1 octobre 2009

Alberta PART 4

Mt. Assiniboine provincial park (BC), lundi le 3 août 2009


Je me réveillai à 5h am. Du ciel ennuagé tombaient de fines gouttes de pluie. Le signal d’alarme prit quelques secondes avant d’atteindre mon cerveau. Une fois sorti de mon coma, je dus agir rapidement. Je fourrai mon sac de couchage comme je le pus dans mon sac et rangeai tous mes effets personnels qui traînaient un peu partout.


J’étais toutefois lent à m’organiser et la pluie tombait de plus en plus fort. J’étais courbaturé, de mauvaise humeur suite à mon réveil en catastrophe et j’étais assailli par une faim de loup ! Comme il n’y avait aucun endroit pour me protéger des éléments, je décidai d’avancer du mieux que je pouvais dans les circonstances.


Avec la pluie, ma motivation était tombée à son plus bas niveau. Tel un vieillard fourbu, j’avançais lentement, peinant sous le poids de ma charge. Les bretelles de mon sac avait pénétré si profondément à l’intérieur de mes épaules qu’elles en avaient laissé des marques rouges.


Constatant ma détresse, je me permis un peu de musique. Forgot about Dre se fit particulièrement sentir en terme de positivisme. Je me rappelai les raisons qui me poussaient à avancer. Mon lietmotiv était simple, avancer le plus loin possible, et je devais m’y tenir. Chaque pas me rapprochait davantage de mon but, mais m’éloignant proportionnellement de ma sécurité. Ces paradoxes de la conscience m’envahissaient tranquillement, tel un poison malicieux, mais ma résolution était ferme, indiscutable.


C’était ma manière de rendre hommage à ceux qui n’avaient pas la chance d’avoir une vie facile comme la mienne. D’autres endurent des douleurs qui dépassent l’imagination, luttant chaque jour pour survivre, désarmés, laissés à eux-mêmes face à l’intraitable vérité de la réalité. Ce sont de vrais combattants, des vainqueurs, des héros et ils marchent plus souvent qu’autrement dans le silence, invisibles, drapés d’une modestie sans borne, leurs exploits demeurant inconnus de tous…alors que le monde gagnerait une sagesse inestimable à les connaître et à les prendre en exemple.


À ce moment précis, je pensai particulièrement à ma marraine, Carole, qui combat le cancer depuis maintenant plus de sept ans. De nombreuses fois, elle fut déclarée un cas perdu hors de tout espoir par les médecins, mais chaque fois elle avait trouvé la force nécessaire pour renverser le destin et gagner un peu de répit sur la mort qui, devant son incroyable acharnement, devait reculer à chaque fois.


Ignorer un tel exploit serait une injure à l’amour que je lui porte.


Je me rendrais donc aussi loin que je le pourrais…le retour, c’était une autre histoire !


Fort heureusement, le sentier que j’empruntais était des plus agréable et j’arrêtai ma musique après quelques kilomètres, en même temps que la pluie s'éclipsa. Une fois réchauffé, je me rendis compte que les courbatures, bien que présentes, n’étaient pas si insoutenables que je l’avais d’abord cru. Mon énergie revenait tranquillement, ce qui était bon signe.


Le calme de la forêt était apaisant, incroyablement zen. Les seuls bruits audibles provenaient de mes vêtements ainsi que des branches mortes que j’écrasais au passage. La tranquillité qui y régnait était magique, enchanteresse. Je nageais, encore une fois, dans un monde à part.


Au fur et à mesure que je progressais, les arbres faisaient place à un panorama de rochers séchés par le soleil. Tranquillement, j’approchais de Valley of the rocks, un autre endroit qui porte bien son nom. À perte de vue, s’étendaient des chantiers de cailloux, certains de la grosseurs d’un homme et d’autres plus gros que des maisons ! Arrivé en haut d’une colline, j’eus une vue d’ensemble sur cet étrange dépôt. À ce moment, le soleil perça le mur Est de montagnes et lança ses rayons à travers la vallée. Les ombres s’étirèrent d’un seul mouvement, lent, mais inéluctable.


Levé du soleil dans Valley of the rocks


Charmé, je procédai rapidement à travers les 5km qui me séparaient d’Ogg Lake, un petit lac délimitant la frontière Sud de la vallée. De ce point, Mt. Assiniboine se détachait nettement du bleu du ciel. Tel un monolithe, il s’élevait dans les cieux. Au moment où je posai les yeux sur son immense silhouette, une léger brouillard recouvrait son sommet.


Plus la montagne grossissait, plus je me rendais compte de l’ampleur de sa stature, de l’immensité de sa densité. La face nord était tout simplement hallucinante. Le seul problème provenait du fait qu’elle était dépourvue de glace et que je comptais sur cette glace pour grimper la face nord. J’ignorais s’il était possible d’y grimper sans la solidité de la glace.


Emplis de soudain, mais inévitables, doutes, j’entrai dans la dernière vallée me séparant de la cabane du ranger où je devais m’enregistrer. J’arrivai à cette dernière à 12h30, après 7h de marche intense. La chaleur était, à ce moment, étouffante.


Je laissai quelques effets personnels tel mon réchaud, mon matelas de sol et du linge au refuge du ranger puisque ces items n’étaient pas indispensable à partir de ce moment. Mon objectif consistait maintenant à me rendre à la R.C. Hind Hut située au pieds de Mt. Assiniboine à quelques 5km de la cabane du ranger à plus de 2800m d’altitude. Pour m’y rendre, je devais grimper une face rocheuse de 200m appelée Gmoser’s Highway.


Je partis donc, munis de mon sac dont le poids avait substantiellement diminué. Il pesait tout de même un bon 35 livres, si ce n’est pas plus. Du sentier, en m’approchant de la montagne, j’eus la chance de contempler à souhait la beauté du Magog Lake qui s’abreuvait de l’eau du glacier dominant la vallée qui était lui-même surplombé de la face Est du Mt. Assiniboine. La plage du lac était faite de roches plus ou moins grosses et marcher à travers n’était pas particulièrement intéressant, mais la vue et l’atmosphère qui s’en dégageait surenchérissaient tous les défauts qu’on pouvait lui trouver.


Mt.Assiniboine (3618m) et Magog Lake


J’atteignis le pieds de la Gmoser’s une demi-heure plus tard. Je trouvai facilement la porte d’accès du sentier qui consistait à une saillie dans un pan rocheux de cinq mètres. La première partie de cette étape fut agréable et facile à négocier.


La première saillie du Gmoser's Highway


Arrivé à la moitié de la paroi, les choses se corsèrent. Le plan que j’avais m’indiquait que je devais procéder à travers une langue de neige pour atteindre les paliers supérieurs de la face. Le problème résidait dans le fait que cette langue de neige était scindée en deux, probablement parce que les précipitations de neige avaient été plutôt faibles cette année. Pendant une heure, je cherchai une voie alternative, mais je ne trouvai rien de facile à escalader. C’est à ce moment que je perdis la carte, frustré de me voir refuser l’accès par un si petit obstacle.


Aveuglé, j’essayai plusieurs voies dangereuses sans évaluer leur faisabilité. Je restai d’ailleurs presque coincé entre un mur de glace et la paroi après avoir essayé de me faufiler dans un tunnel de neige. Après quelques tentatives ratées, je me forçai à me calmer. Il était maintenant évident que j’avais épuisé beaucoup d’énergie et que la fatigue me rattrapait inexorablement. J’avais déjà 15km de marche dans le corps et je m’attaquais maintenant à un problème qui nécessitait une force et une attention sans reproche, ce qui était difficile dans les circonstances. Je bus la moitié d’un litre d’eau et je repris tranquillement mes esprits. J’observai attentivement la paroi et je remarquai qu’une voie qui me paraissait plus tôt impraticable semblait néanmoins déboucher à la hauteur que je visais. Après avoir bien réfléchi, je m’y dirigeai en ne la quittant pas des yeux. La saillie se trouvait à plus ou moins 30m verticaux d’où je me trouvais. Tel que je l’avais craint, il fallait que j’escalade une face de quelques mètres, mais je devais le faire parfaitement, sans erreur. La moindre défaillance m’éjecterais du mur et me ferait dégringoler le système de paliers sur plusieurs dizaines de mètres. L’adrénaline embarqua et je me mis à la tâche. La roche était bonne, elle tenait bien ce qui était rassurant. Étonnement, je parvins facilement en haut malgré mon surplus de poids.


À partir de ce moment, je le savais ma tâche n’était plus qu’un jeu d’enfant. Elle consistait à gravir la moraine sur 100m de dénivelé, dans un scree[1] dégueulasse et instable. J’étais à bout de force et tout ce que je souhaitais était d’arriver au plus vite dans le refuge.


Je constatai que le froid était mordant à cette altitude, malgré les rayons du soleil qui continuaient de briller haut dans le ciel. La température ne devait pas dépasser les 10 degrés celsius.


J’arrivai finalement à 16h au sommet de la butte noire sur laquelle reposait la hutte.


Je me sentais fiévreux, déshydraté et en manque de sel. Après avoir changé de vêtements, je me fis un bon plat de pâtes aux sardines (saveur de piments forts). À mon plus grand plaisir, je trouvai des sachets de thé que je dégustai, chaudement habillé, les jambes dans le vide, sur le bord de la butte noire.


Après plus de 9h d’efforts, ce moment fut particulièrement fort et empreint de fierté. Je surplombais mon royaume, mon paradis. J’en étais le maître, mais ne siégeai pas longtemps sur mon trône, car au loin, du fond de la vallée, s’amenèrent de furieux nuages gris et noirs. Ils enveloppèrent la vallée et atteignirent rapidement la face du Gmoser’s, pour finalement m’engloutir totalement. Ma visibilité fut restreinte à quelques misérables mètres et je me sentis soudainement très petit face à cette force de la nature. En fait, je ne savais plus trop si je trouvais ça cool ou si je trouvais ça complètement dément. Bien caché dans la hutte, emmitouflé dans ma doudoune, j’assistai aux déchaînements irrationnels des éléments. Sous la force du tonnerre, la terre tremblait. À tout instant, un éclair frappait un endroit différent : le glacier, les montagnes environnantes et même la moraine. Il fallut un certain temps avant que la pluie ne se mette de la partie, mais lorsqu’elle commença, elle ne s’arrêta plus de toute la nuit.


The power of god, at 2800m!


Exténué, j’allai me coucher dans mon sac de couchage, bien à l’abri du châtiment des dieux du ciel !


À ce moment, je savais déjà que je ne pourrais pas grimper jusqu’au sommet du Mt. Assiniboine. Je n’avais ni la force physique ni l’endurance mentale pour supporter une telle épreuve, mais j’étais tout de même heureux d’être là et de profiter de ces moments intenses !



[1] Le scree est un champ de roches épars qui ont été « abandonnées » par le retrait du glacier. Par retrait du glacier, on parle généralement de fonte. Le scree peut s’accumuler sur des pentes de plus de 30 degrés et rester stables si on n’y touche pas. Lorsqu’on y marche, il faut particulièrement être attentif pour ne pas se fouler une cheville.

mercredi 30 septembre 2009

Alberta PART 3

Lake Louise (AB), dimanche le 2 août 2009


À mon réveil, il faisait beau soleil.


Avec le beau temps, je me sentis deux fois plus motivé que la veille et mon esprit n’avait d’intérêts que pour l’aventure. Le bain était chaud, ne restait qu’à sauter dedans !


Je déjeunai en compagnie de Carl, un voisin à Émi qui devait d’ailleurs reprendre la route du Québec cette journée-là. C’est dommage parce qu’on s’entendait à merveille tous les deux et nous aurions pu partir à l’aventure à deux n’eut été de ces circonstances.


Afin de nous consoler, Émi a proposé d’engloutir une quantité monstre de pains dorés, ce que nous fîmes avec joie.


Je préparai ensuite mon sac, abandonnant quelques effets personnels au passage pour réduire mon poids afin de me surcharger avec 15 livres supplémentaires de nourriture. Émi se proposa pour venir me porter au Sunshine Village, situé à quelques 40km de Lake Louise. Ce faisant, elle hypothéquait sa journée puisqu’elle travaillait à 15h. Je lui suis donc très reconnaissant !


Après l’achat d’une carte topographique du Mt. Assiniboine et de la région environnante, de gaz pour mon réchaud et de nourriture, nous prîmes la route. Il était déjà 13h à ce moment et la chaleur était accablante. Émi me déposa dans le stationnement en me souhaitant bonne route. Elle me mit encore une fois en garde contre moi-même (mieux vaut deux fois qu’une !). Quitter Émilie fut plus difficile que prévu, mais cela se fit tout de même sans trop de larmes et de délai.

Lorsque j’ai vu son auto disparaître au tournant de la route, j’ai continué à fixer stupidement la route. Ça m’a pris du temps pour me rendre compte que j’étais enfin seul…que je touchais la liberté la plus pure qui soit ! Libre d’aller où bon me semble, prendre le temps qu’il faut pour y aller et ne pas s’en faire avec rien. En fait, je ne pensais qu’à l’incroyable grandeur des terres sauvages qui s’étendaient entre le parking et le Mt. Assiniboine.


Pour se rendre au village de ski durant la saison morte (lire estivale), il faut gravir 500m de dénivelé qui s’étend sur un sentier de 6,5km.


Note à moi-même : ne plus jamais partir aussi chargé lors d’aventures subséquentes ! 70lbs de matériel et de bouffe, c’est beaucoup trop ! La prochaine fois, je ferai héliporter mes effets personnels.


J’étais tout de même content d’être parti et de pouvoir marcher à travers une aussi belle contrée. La chaleur était étouffante soit, mais chaque détour du sentier amenait son lot de découvertes. Les mouches à chevreuils s’en donnaient à cœur joie en me dévorant carrément aussitôt que j’avais le malheur de prendre une pause, mais je n’en avais cure. J’étais ici pour en profiter et, comme Gaétan Martineau me l’avait si bien dit, rien au monde ne pourrait me retirer les instants que je vivais à ce moment !


Malgré les efforts, malgré les épreuves, je le savais, j’allais sortir vainqueur.


La montée était incroyablement difficile, pénible. Et même si j’avançais vite, tout mon corps souffrait tant pas la chaleur que par l’effort que lui faisait subir.


Arrivé à 500m du village, un bus pointa à l’horizon, grimpant la longue route de gravier derrière moi. Si j’avais su, j’aurais profité de ce moyen de transport, parce que j’étais déjà « explosé », détruit.


Tout sourire, le chauffeur, m’offrit de monter à bord sans payer, ce que je fis sans poser de questions ! Voyant l’heure tardive (14h30), il me demanda vers où je me dirigeais. Je lui expliquai mon « plan », ce à quoi il répondit : « You can’t do that ! » Ce à quoi je lui répondis : « I sure can sir ! » Comme si le labeur me semblait tout naturel, ce qui n'était pas un mensonge après tout. Qu’est-ce que parcourir 40km à pieds si ce n’est que de marcher longtemps ?


J’en ai vu d’autres ! pensais-je.


Arrivé au village, je notai immédiatement le sentier qui disparaissait derrière la colline, marquant la limite des meadows (c’est comme ça que les anglophones nomment les plateaux de montagnes).


Je m’empressai de le suivre. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour atteindre le haut de la colline du village. Tout ce qui s’étendait au-delà ne peut être que vaguement décrit.


Aussi loin que pouvaient porter mes yeux, je contemplais une immense vallée verte, clairsemée d’orangé. Inondées de soleil, de gigantesques montagnes faisaient rempart à la vallée que je devais suivre. Le sentier était visible des kilomètres à l’avance puisque le chemin grimpait graduellement dans la vallée sur une dizaine de kilomètres. Au loin, dominant le paysage, se dessinait la silhouette du Mt. Assiniboine. Du haut de ses 3618m, à plus de 30km de distance à vol d’oiseau, elle projetait l’ombre de sa face nord jusqu’au Sunshine Village où elle ne m’apparaissait que sous la forme d’un vague triangle à l’horizon.


Mt. Assiniboine est le triangle vaguement visible en plein centre de la photo.


J’eus un pincement de cœur en l’apercevant et je ne pus empêcher mes yeux de se noyer de larmes. J’étais ici pour ça, pour ce genre de moment et personne ne pourrait me l’enlever, jamais !


Le paysage était tout simplement trop beau ! Il n’y a définitivement pas de mots assez puissants pour décrire une scène pareille. Je vacillais entre le rêve et le réel, déstabilisé sous l’effet combiné de la chaleur, de l’adrénaline et de la beauté du paysage.


Quelques minutes plus tard, j’arrivai à la croisée des chemins. À droite descendait le sentier pour « touristes », celui qui était le plus fréquenté, vers Rock Isles Lake. Ma voie tournait plutôt à gauche, ne devenant qu’un minuscule sentier de la largeur d’une personne.


Je ne m’inquiétais pas trop de l’heure, bien que l’après-midi soit pratiquement terminée, puisque je n’avais pas de tente et que je projetais de dormir lorsque la nuit allait me frapper ou lorsque mes jambes cesseraient de me porter. Dans les meadows, on pouvait apercevoir des milliers de spermophiles, petits rongeurs issus d’un croisement entre une belette et d’un écureuil. À perte de vue, ils gambadaient en sautillant dans les prés, c’était incroyable. Je pris mon temps pour immortaliser ce moment.


Quelques kilomètres plus loin, j’arrivai au Howard Douglas Lake, anciennement connu comme étant le Sundown Lake. Sur la rive nord, j’aperçu des pêcheurs qui s’en donnaient à cœur joie. Comme mon chemin passait sur la rive sud, je n’ai pas pu leur demander s’ils avaient attrapé quelque chose, mais j’en doute. À cette chaleur, le poisson dort, profondément caché dans la noirceur de son puit.


Je continuai donc de marcher à travers les champs parsemés de toutes les couleurs. Dans la vallée, des millions de fleurs chantaient au gré du faible vent venu de l’ouest, répandant pollen et parfum dans l’air !


La fatigue, malgré mon état euphorique, commençait à se faire sentir, la faim également. Mon eau commençait à se faire rare et mes genoux me priaient de mettre un terme à leur agonie.


Je rencontrai, par chance, un couple marchant en sens inverse. J’appris qu’un camping se trouvait à 5km de marche. J’évaluai ma condition et décidai que je pourrais m’y rendre avant 20h.


Je me trouvais alors sur la frontière entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, aux abords du Mount Assiniboine provincial park, à un endroit qu’on nomme Citadel pass. Croyez-moi, cet endroit porte merveilleusement bien son nom. À 2360m d’altitude, l’endroit le plus haut que j’avais jamais atteint dans toute ma vie, le sentier plongeait à quelques 700m de dénivelé dans une vallée de sapins. Et là, en bas, tout en bas, se trouvait porcupine campground, mon refuge pour la nuit.


S’il y a bien quelque chose que j’hais en montagne, c’est descendre, à plus forte raison lorsque je porte un sac à dos pesant la moitié de mon poids.


Porcupine campground se trouve en bas dans la vallée, un peu sur la droite hors du cadre de la photo(700m de dénivelé). On peut voir Assiniboine qui domine absolument tout!


Longue et pénible fut cette descente en enfer. Je n’avais plus d’eau et surtout plus de force. J’avais faim, j’avais chaud, les insectes avaient festoyé plus qu’avec modération. Je saignais à des endroits tellement ils s’était rassasiés sur mon chaste corps.


J’arrivai enfin au camping après 5h08min d’efforts. J’avais maintenant parcouru 21km, soit plus de la moitié du trajet. J’estime le dénivelé total à plus de mille mètres dû au fait qu’on doit monter et descendre dans quelques vallées.


Je constatai que le campground était plein de gens. Je me consolai en me disant que je pourrais au moins partager ma douleur avec d’autres campeurs !


Je soupai rapidement, en prenant bien soin d’éviter de me faire manger tout rond par les spermophiles affamés qui peuplaient les environs.


L'armée de spermophiles prêts à dévorer mon âme


Nous fîmes un feu et j’observai, non sans grand étonnement, le soleil disparaître derrière les montagnes à 23h. Oui oui, vous avez bien lu…23h ! Complètement dément.


Bien entendu, lorsque je souhaitai bonne nuit à tout le monde et qu’ils se rendirent compte que je n’avais pas de tente, j’eus droit au sermon sacramentaire du jeune innocent. So be it ! Je ne me tannerai jamais que des gens veulent me protéger de moi-même ! J’acceptai qu’ils me prêtent une couverte d’aluminium de secours, « en cas que… »


Je m’endormi comme un bébé, roulé en boule dans mon sac de couchage, bien à l’aise sur mon matelas de mousse humide. Les yeux tournés vers le ciel parfaitement étoilé, j’oubliai tous mes soucis, bordé par le doux parfum des sapins comme le faisaient mes parents lorsque je n’étais qu’un gamin !

lundi 28 septembre 2009

Alberta PART 2

Montréal (QC), samedi le 1er août 2009

Je me levai tard, vers 9h a.m, et j’allai m’asseoir dehors pour me concentrer sur ce qui m’attendait. Je devais continuer à gérer mon stress puisque techniquement, je me sentais trop en sécurité encore pour être en mesure de me lâcher « lousse », de retourner à mes instincts primitifs de survie. Quelque part, bien au fond de moi, j’avais vraiment hâte…mais d’un autre côté, la vie facile du quotidien me retenait encore, bien ancrée dans mes habitudes et on dirait que j’avais besoin d’un bon coup de pied au cul pour me forcer à quitter pour de bon.

Le temps fila rapidement, assis sous le soleil à siroter un bon café (juillet avait été si pluvieux que j’avais oublié qu’il existait !). Jo me rejoignit une quinzaine de minutes plus tard. Au fur et à mesure que le soleil montait dans le ciel, la ruelle qui gisait sous mes pieds se remplie de mômes courrant en tout sens. J’étais spectateur d’une scène de bidon ville que je n’avais jusqu’alors vue que dans les feuilletons télévisés de mon enfance. L’ambiance des ruelles montréalaises, quel parfum, quelle singularité déconcertante !


Une heure plus tard, Jo me reconduisit jusqu’au métro où je quittai ma dernière attache humaine en cette douce contrée.


Direction Calgary baby!!!!


Dans le métro, je stressais deux fois plus, car mon « shuttle » pour atteindre l’aéroport devait partir à midi tapant. Il était 11h52 et je n’étais toujours pas sorti à l’air libre. Lorsque les portes s’ouvrirent, je zigzaguai du mieux que je pus entre les passants et je courus comme un déchaîné, chargé de mon barda dans les escaliers roulants.

Je me précipitai sur la première borne distributrice de ticket que je rencontrai et j’attrapai mon bus de justesse grâce à la madame frustrée qui refusait d’entendre raison.

Je bousculai quelques personnes au passage avant de m’asseoir finalement dans la dernière portion du bus (ma place de prédilection)

Dans un bus, il n’y a rien de mieux que de faire une entrée remarquée…ça commence toujours bien !

Lorsque je pris place dans mon siège, j’eus une étrange sensation, comme si mon stress s’évanouissait d’un coup. Tranquillement, comme par étapes successives, un fou rire silencieux s’épanouit et il devint bientôt difficile de le contenir. Comme nous empruntions l’autoroute, la musique se mit à emplir mes oreilles et je me laissai dériver au son de High and dry de Radiohead.


Quelques frissons passèrent, laissant place à un état de « zénitude » complet. J’étais maintenant seul…je marchais vers l’inconnu…vers l’aventure…et je me sentais de mieux en mieux. J’avalais, à chaque bouffée, la liberté et j’aurais bien aimé m’en noyer, là, sans plus attendre ! Mais ça n’arriva pas.


J’atterris plutôt à l’aéroport PET où mon avion devait décoller quelques heures plus tard. Il faut mentionner qu’il s’agissait de mon baptême aérien, puisque je n’avais jamais utilisé ce moyen pour me déplacer. J’appréhendais bizarrement les formalités douanières, mais finalement tout se passa bien. Je passai sans m’en rendre compte entre les mailles du filet.


Il faut tout de même raconter l’épisode de la banane, puisque cette anecdote me resservira plus tard, lors de mon retour.


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ÉPISODE DE LA BANANE


Mes bagages enregistrés, je me suis dirigé vers la douane pour me faire contrôler physiquement. Non, je n’ai pas été fouillé au corps…mais bon, il y a ces bacs gris où l’on doit déposer tous nos objets personnels. Je m’exécute donc sous l’œil attentif du douanier. Je retire ma montre, ma ceinture, mon argent de poche, mon ipod, mon appareil photo (que j’avais gardé dans mes mains) et, bien sur, ma banane. Je passe donc la barrière anti-métal et me retrouve en zone internationale.


J’attends donc patiemment que mes choses soient contrôlées et c’est alors que le douanier qui scrute mes objets dans le rayon X dit haut et fort : « I’ve got a banana » Et là tous les douaniers rient en regardant une douanière qui rougit à vue d’œil. Comme elle se trouve par chance devant moi, je lui demande pourquoi cette phrase banale fait tant rire tout le monde. Elle m’explique donc qu’une fois, elle avait opéré le rayon X et qu’elle avait fait la même remarque, mais que sa banane c’était plutôt avérée être un dildo de douze pouces.

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Bref voilà l’histoire qui a marqué mon baptême aérien…enfin l’une des histoires.

À 13h30, l’appel des passagers se fit entendre.


Sans me presser, je me rendis jusqu’à mon siège et fut désolé de constater que j’étais dans la rangée du milieu et que je ne pourrais pas admirer la vue par le hublot sans gêner mon voisin. Je pris mon mal en patience en repensant au reste de mon horaire.


Le trajet me parut long bien qu’il n’ait duré que quatre heures. J’étais bizarrement coincé entre deux personnes, écoutant un film médiocre (X-men : origins) et me faisant brasser par des petits vauriens qui gigotaient sur le siège arrière. J’en eus pour mon compte, mais je ne me souviens pas avoir particulièrement hais le trajet. Je l’ai seulement trouvé un peu long, sans plus.


Nous atteignîmes Calgary quelques quatre heures plus tard, mais je devais reculer ma montre de deux heures; je n’ai donc perdu que deux heures ! (hourra). Il était donc 16h34 à l’arrivée au sol. Je me sentais déjà courbaturé et je n’étais qu’à la mi-chemin entre chez moi et Lake Louise !


Comme je ne savais pas comment fonctionnait le recouvrement des bagages, je m’affolais un peu à droite et à gauche dans l’aéroport à la recherche de mon sac. Un couple albertain me prit en pitié et m’expliqua où je devais attendre pour reprendre possession de mes affaires. Je discutai quelques minutes avec eux.


Je fus soulagé de constater qu’une énorme différence s’opérait dans ma façon de voir les gens qui m’entouraient et aussi dans ma façon d’interagir avec eux. Je ne les voyais plus comme des obstacles ou des dangers, mais plutôt comme de bons bergers, prêts à tout pour m’aider. Je me disais, à la manière de Pierre Martin, qu’un bon vieux sourire et un anglais rouillé pourraient facilement m’amener au bout du monde. Suffit de s’intéresser aux gens, de partager leur monde, même si n’est que pour quelques secondes pour attirer leur attention.


C’était comme si toute pensée négative s’était évaporée de mon esprit ne laissant qu’une confiance et un courage sans faille. Ici, je le sentais, tout était possible. Suffisait de prendre sur moi, d’encaisser quelques épreuves et le voyage serait dans ma poche ! Ce n’est qu’à partir de ce moment que je m’en suis rendu compte, mais une énergie nouvelle brûlait en moi. Je me consumais tellement elle était puissante ! Je me sentais prêt à tout, prêt à affronter n’importe quel obstacle, n’importe quelle montagne ! J’avais la conviction intime que mon entraînement avait été parfait, vu les circonstances, et que tout ce qu’il me restait à faire était de débarquer dans les Rocheuses et de marcher à la guise de mes pieds.


Une fois mon sac récupéré, je pris le taxi (42$ ouch) jusqu’à la station d’autobus de Greyhound. L’embarquement se fit rapidement et nous mîmes le cap vers Canmore, à travers les vertes plaines. Elles s’étirent au-dessus de la vallée de Calgary, jusqu’aux Kananaskis, premières montagnes des Rocheuses.

Avide, j’étais accoudé à la fenêtre de l’autocar, bavant sur l’épaule de mon voisin !Au début, il n’y avait que du vert à perte de vue, puis tout à coup, des ombres se matérialisèrent. De plus en plus nombreuses, elles s’imposent au regard, quémandant respect, envie et joie. Je me sentais comme un petit enfant que l’on amène au centre d’achats pour la première fois de sa vie. Je voulais tout voir, tout toucher ! Je me trouvais dans mon nouveau terrain de jeu, mon paradis !


Les montagnes étaient grandioses et elles m’entouraient de leurs bras doucereux.


J’étais en amour, même si mon amour véritable est réservé à Marie. Un genre de deuxième noce qui ne peut, en aucun cas, être qualifié d’infidélité !


Nous fîmes un arrêt pour manger à Canmore et reprîmes rapidement la route jusqu’à Lake Louise. La nuit tombait lorsque j’y arrivai et j’eus la chance d’avoir un aperçu des montagnes environnantes.


À l’ouest s’élevait la plus grosse beauté de la région, Mont Temple. Du haut de ses 3552m, elle dominait tout ! J’étais fasciné par tant de beauté, de grandeur ! On pouvait également voir, dans l’ombre, Mont Saddleback ainsi que Mont Fairview. Je savais que le Mont Victoria était là-bas derrière, mais les nuages cachaient son imposante stature !


Le cœur léger, je partis rejoindre Émilie à son travail : une marche de 5 minutes maximum ! Elle s’était proposée pour m’héberger quelques jours, ce qui faisait mon affaire ! La route était joyeuse et délicieuse. Chemin faisant, j’eus la chance d’enjamber la Bow river et son manteau vert émeraude. Ses eaux, bien que glaciales en apparence, m’attiraient, me fascinaient. J’admirai son scintillement quelques instants depuis le pont menant au Lake Louise Inn avant de reprendre ma route.


J’arrivai dans le hall du Lake Louise Inn peu après. Émi s’afférait derrière le comptoir à répondre à une masse de clients. Il faut dire qu’août est la période achalandée de l’été. Je m’écrasai sur le divan du hall, croulant sous la fatigue des déplacements. Émi faillit m’oublier en terminant son shift, mais elle se rattrapa en m’offrant la bière. Nous bûmes une ou deux bières avec ses colocs et allâmes nous coucher ensuite !


Mes vacances commençaient pour de vrai !

dimanche 27 septembre 2009

Alberta PART 1

Québec (QC), 31 juillet 2009

Vers 16h30, j’attendais Alexis.

Il s’était offert pour m’amener jusqu’à Montréal où je devais prendre mon avion.

J’étais bien content de son invitation parce que cela faisait longtemps que je ne l’avais pas vu. Il faut dire que depuis quelques années, nos vies avaient pris des chemins différents ; il s’était engagé vers la métropole, moi vers la Capitale et les occasions de se voir se faisaient de plus en plus rares. Malgré tout, on arrivait à rester en contact et on essayait généralement de se voir à tous les ans, au moins une fois. C’était comme une sorte d’ordre établi…mais cette année justement, la règle avait été brisée…

Bref, j’étais heureux d’apprendre un peu plus tôt dans la semaine que des affaires l’amenaient à Québec et que je pourrais profiter du trajet pour rattraper le temps perdu, voir quel genre de braise se cachait sous la poussière de notre relation. Pour moi, sa venue était providentielle, comme si notre rencontre allait prendre la forme d’un rituel sacramentaire destiné à sanctifier mon départ !

Paradoxalement, j’étais incroyablement stressé, totalement désemparé en fait. Malgré les dix dernières années pendant lesquelles j’ai rêvé de ce moment, malgré ma longue préparation mentale, j’hésitais à franchir le pas de ma porte.

Je me souviens de l’automne 2002 et des choix que j’avais à cette époque. Avec quelques milliers de dollars en poche et un chèque de chômage « steady » chaque deux semaines, j’avais deux choix : soit je retournais à l’école après 2 ans d’absence vers un avenir plus ou moins certain ou bien je partais en voyage pour découvrir le monde et, possiblement, ma destiné. J’optai pour la première option. Sept ans plus tard, j’avais un DEC en poche et un Bacc, tous deux dans le domaine juridique, mais mon rêve de partir en voyage restait inassouvi.

Comme mon bacc s’achevait, mes rêves de voyage ont refait surface. Plus la session de l’hiver 2009 avançait, plus mes résolutions s’affirmaient, plus ma détermination s’aiguisait ! À la fin février, mon choix était fait : j’allais partir en voyage ! Restait à savoir où…et quand ?

Quelques semaines plus tard, tout était décidé, ne restait qu’à trouver un partenaire, mais je n’en trouvai aucun. Au début, j’étais contrarié par ce fait, frustré, mais finalement j’ai fini par m’en ficher, me disant que je préférais être seul que mal accompagné…et puis au moins je ne mettrais que ma vie en danger, ce qui était, d’une certaine façon, soulageant !

Quatre mois plus tard, à la fin du mois de juillet, j’en étais donc là…Mon sac à dos était prêt, plus que prêt en fait. Il pesait plus du tiers de mon poids, soit quelques cinquante livres, mais je m’en balançais. J’avais d’autres chimères à combattre dans le moment. J’aurais dû être gonflé à bloc par mon départ imminent. J’aurais dû sauter de joie et crier haut et fort ma rage de liberté que j’avais si longuement emprisonnée dans mon for intérieur, mais au lieu de tout ça, je me sentais couler vers un abîme. Mes pensées s’obscurcissaient sous la force grandissante du doute et de la peur. J’en étais presque paralysé.

L’idée de tout abandonner s’infiltrait de plus en plus en moi et je ne comprenais pas pourquoi. Peut-être était-ce un état transitoire comme c’est souvent le cas avant un show de musique. On sait que tout va bien aller, qu’on est prêt, mais pour une raison inexplicable, nos tripes se sentent compactées, prises au piège. L’angoisse perdure jusqu’à ce qu’on joue la première note et, soudainement, tout redevient normal. La pression disparaît…le vide se retire…

Toc toc toc…

Alexis entrait en coup de vent dans mon appartement, arborant son plus beau sourire. Du coup j’oubliai mes soucis. Les doutes s’évanouirent d’un trait, libérant mon environnement devenu précaire. Je respirai à nouveau, à grandes bouffées et je me laissai dérivé dans le trafic.

Le trajet Québec-Montréal est toujours pénible, mais pour une fois, je trouvai que le paysage n’était pas aussi morne qu’à l’habitude. En fait, je crois que j’appréciais mon choix d’avoir choisi de partir de Montréal plutôt que de Québec parce que je profitais de quelques heures, quelques centaines de kilomètres de plus pour prendre conscience du fait que je partais loin, très loin à l’Ouest et que mon retour était incertain. C’était probablement ce qui me faisait le plus peur, mais que serait l’aventure s’il n’y a aucun danger ? Bien sûr, j’essayais de ne pas trop penser à la mort et quand on me posait la question, je faisais toujours comme si de rien n’était. J’étais dans un état de négation, de déni et je me forçais à avancer en me répétant que je connaissais mes limites et que je saurais faire les bons choix le moment venu.

Qui pourrait être dans une meilleure position que moi pour savoir ce que peut ressentir une personne lorsque l’un de ses proches disparaît en montagne ? Comme je disais, je connaissais les risques, les implications de mon effronterie, et j’avais fait les choix en conséquence. Les gestes que j’avais posés, il y a plus de 4 mois, ainsi que ceux que je posais à ce moment-là, je le savais, allaient souder mon avenir.

Tout ce brouhaha tournait dans ma tête et je ratais beaucoup de la substance des conversations que j’avais avec Alexis. Au moins sa présence avait l’effet d’un baume. Je me sentais en sécurité. J’essayais également de garder les deux pieds sur terre et je me répétais à tous les dix minutes de profiter de chaque instant du moment présent, car on ne vit ce genre d’expérience qu’une poignée de fois dans une vie.

Arrivés à Montréal, on est allé s’enfiler quelques bières au Dieu du ciel, un petit bar qui brasse plusieurs bières de qualité, dont j’ai oublié le nom. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elles étaient délicieuses, accompagnées de plusieurs pizzas toutes garnies.

Après quelques bières, nous nous dirigeâmes vers le centre-ville où nous avons rejoint Joanie. Alexis et moi avons prit un dernier café ensemble avant de se dire adieu, temporaire espérerai-je à ce moment.

Après avoir siroté quelques bières de plus avec les amis à Jo, nous sommes allés nous coucher, non sans faire un long trajet de bus à travers le centre-ville, chose que j’aime bien faire lorsque je suis un peu bourré !

mercredi 23 septembre 2009

Photos de Cap-Rouge

Marie sur la grève jsute avant que la marée nous emprisonne sur une îles de roches
Oie blanche s'abreuvant dans le fleuve
L'exil, l'avant goût de Cuba :p

Des toasts "propane" comme dirait Raby, c'est l'élément essentiel de tout grimpeur qui se respecte!

Un bon café en regardant l'horizon, ça "start" le groove de la journée!