vendredi 28 août 2009

MR. ROBSON (3954m) Solo ascent Aug 14th to 18th 2009

Ça fait quelques fois que je me fais demander à quoi ressemblait le Mont Robson en chair et en os. Voici, grosso modo, à ce que c'est que de faire de l'alpinisme de haute montagne en solitaire.

*********************

Robson est une montagne tout simplement splendide. S'élevant à plus de 3000m de la vallée, elle ne peut qu'attirer tous les regards quand son sommet est visible (40% du temps de l'année) Elle est tellement grosse comparativement à ses voisines qu'elle créée un micro-climat qui lui cahce habituellement la binette!

Quand je suis arrivé le vendredi soir, son sommet était visible et d'une beauté extraordinaire croyez-moi! J'ai donc pris quelques photos pour commémorer l'événement. Je pris cette démonstration comme une invitation à jouer, à se battre avec elle et j'avoue que mon désir de l'emporter était palpable. Depuis des mois que ce sommet hantait mes nuits, éblouissait mes journées de hike.

Je suis monté le jour même au Kinney Lake (10km) où j'ai dormi sur le sol sous le shelter. La nuit fut très agréable, claire et remplie d'étoiles brillantes, dont Saturne qui illuminait le campground de sa lumière orangée!

Après un sommeil de quelques heures (4 à 6 hres je ne sais pu...j'étais mélangé avec l'heure reculée du BC) J'ai pris le sentier qui devait me mener 1600m vertical plus haut. Le sentier doit avoir 5km "horizontal" au total, mais la pente se fait un malin plaisir d'être intense d'un bout à l'autre (généralement 45 degrés d'inclinaison). La journée promettait d'être bien remplie. La météo semblait toutefois excellente. Je suis donc parti du bon pied.

Les 500m premiers mètres verticaux sont constitués de bushwaking ce qui n'est pas une bonne chose. La patience est rapidement mise à l'épreuve vu que les arbres emplissent le sentier (très très peu fréquenté)! Avoir su, j'aurais apporté une machète pour ouvrir la voie. J'ai mangé mes bas pendant 1 ou 2 heures...mais ça me dérangeait peu en fait vu l'anticipation que j'avais du reste de l'ascension.

La deuxième partie était constituée de parois rocheuses humides et glissantes. Heureusement que des chaines ont été posées et vissées aux endroits plus "techniques". Le brouillard a tôt fait de me faire oublier la lumière du soleil et j'ai dû me concentrer pour suivre la trace du sentier qui devenait de plus en plus difficile à suivre!

Arrivé au gros mur noir (30m à 40m de haut), à 150m vertical de la hute, je ne savais plus si je devais tenter de le grimper de front ou suivre la voie de la topo que j'avais en ma possession. Pour éviter l'affront immédiat, je devais parcourir minimum 500m dans un sentier inexistant rempli de scree incliné à plus de 60 degrés. Rien de bien passionnant...J'ai opté pour suivre la topo, même si je doutais de ses caractéristiques. J'aurais dû passer par la parois sérieusement...

J'arrivai à une cheminée (cotée 5.3), qui s'avéra beaucoup plus difficile que prévue. Premièrement, ladite cheminée était remplie de roches qui ne tenaient que vulgairement. Le risque était de se fier à l'une d'entre elles qui s'avèrerait faible pour plonger dans un abîme qui se trouvait directement derrière la cheminée. Ce goufre devait bien avoir 1000m de profond avec vue magnifique sur la vallée. Si j'avais été dans une autre position, j'aurais probablement pris mon pieds, mais en ce moment fort en émotions, je n'avais que le goût de pleurer. Une chance que l'adrénaline bloquait mon stress et que mes membres n'étaient pas pris de convultions pendant cette épreuve.

Autre problème à la cheminée, elle était trop étroite pour laisser passer à la fois mon sac et moi.

Deux options s'offraient à moi. Retourner au mur par le sentier de scree malcommode ou grimper à mes risques et périls. J'ai pris mon courage à deux mains en réfléchissant au moyen de grimper mon sac avec moi. J'arrêtai mon plan à grimper 4m, qui est la longueur maximale de mes deux straps bleue d'esalade attachées ensemble, puis j'ai hissé mon sac en me tenant tant bien que mal en équilibre entre les rochers. D'une manière ou d'une autre, j'ai réussi à coincer mon sac une première fois dans la cheminée de manière à me soulager de son poids pour recommencer à grimper. J'avais seulement peur qu'il ne tombe et m'entraîne dans l'abîme avec lui (je l'avais attaché à mon harnais de peur de le perdre)

Après quelques efforts supplémentaires, je suis finalement sorti de la cheminée avec la nette impression que le sommet ne serait pas aussi facile que je le croyais. Il me semblait désormais évident que Robson n'avait rien en commun avec les filles faciles dont Louis faisait allusion lors de nos précédentes aventures. La montagne n'allait certainement pas ouvrir les cuisses comme une collégienne en chaleur, il faudrait la travailler!

Toujours dans le brouillard, j'ai suivi le ridge (2-3 pieds de largeur) jusqu'à la Forster Hut (2525m). 2 gars (Mike et Lucas) étaient partis tôt le matin pour leur assaut du sommet dont ils n'étaient toujours pas revenus (14hres pm).

Ici commençait la longue et fastidieuse attente.

Je me suis fait à manger et, Dieu soit loué, la hut avait des réserves de gaz (J'avais oublié de faire le plein à Jasper), ce qui aurait pu compromettre mon aventure. J'ai ensuite fait une sieste bien méritée après 5 hres intenses de scramble de difficulté moyenne. Mon cerveau brûlait de doutes et d'interrogations et je dormis finalement très peu, car je m'inquiétais pour mes deux copains que je ne connaissais pas encore.

Ils sont finalement revenus vers 19h, épuisés, ne sachant pas trop s'ils avaient ou non atteints le sommet vu le brouillard.

On a bu des boissons chaudes, ils m'ont montré des photos de la voie qu'ils ont empruntée(très utile) et nous avons joué aux cartes.

Le lendemain matin, à 4h am, je me suis réveillé pour constater que la météo n'était pas meilleure que la veille. Ce ne serait pas pour cette journée-là l'attaque du sommet. Patience!

Je suis donc retourné me coucher jusqu'au départ de Mike et Lucas (9h am).

La solitude s'est tout de suite faite sentir. La température oscillait entre 5 à 10 degré et mon sac de couchage semblait la meilleure place pour me tenir au chaud. Malgré la température, maussade et vu mes doutes de la veille, je voulais voir à quoi ressemblait la première partie de mon ascension. Je décidai d'essayer de rejoindre Little Robson (3175m) vers 10hres. J'aurais peut-être dû me reposer, mais je voulais me mettre en confiance (ce qui fut un échec) lamentable. En effet, les collines peuplant les 650m de dénivelé que je devais grimper me faisaient penser à un labyrinthe. Le sentier était très très difficile à suivre et les drapeaux étaient soit peu visibles, soit arrachés.

De plus, les roches étaient de piètre qualité (marque de commerce de Robson) et j'ai dû mettre ma vie en danger quelques fois en me trompant stupidement de chemin. J'ai atteint le sommet de Little en 2h30, alors que je prévoyais en prendre 1h30, mais au moins je connaissais un peu plus le chemin. Un scrambling très difficile...nettement plus exposé que tout ce que j'avais fait par le passé.

Je suis redescendu et j'ai attendu...pour faire changement. Attendre seul est tellement dur. Il est malheureusement difficile de s'entraîner pour ce genre de chose d'où je viens. Trop de temps pour penser, trop de temps pour douter...

Je me sentais très fatigué et j'espérais que la journée de beau temps ne serait pas prévue pour le lendemain.

Malheureusement, Dame Nature avait réponse à tout pour me nuire.

Déjà à 4h am , je pouvais voir la lumière rouge et orangée du soleil qui se levait parmi les nuages. Peut-être par peur de ne pas avoir le courage d'essayer le sommet ou peut-être par peur de manquer de nourriture, j'ai décidé de foncer. Avec du recul, je pense que j'aurais dû rester bien tranquille dans la hut à manger la bouffe que Mike et Lucas m'avaient laissée et ainsi prendre du repos. So be it!

Je suis donc parti avec un sac très léger, une corde (pas faite pour l'escalade) et un piolet à glace aussi vieux que moi que j'ai trouvés dans la hut.

J'ai atteint Little en 1h30 par un mauvais chemin qui a mis ma vie en danger au moins dix fois, avec des expositions très dangereuses et des parois de 4-5 pieds pas commodes du tout. Mauvaise idée de vouloir prendre le raccourci par la langue de neige de 200m.

J'ai enfilé mes crampons de glaces (la neige recouvre Little Robson et tout ce qui se trouve au-dessus) et je me suis avancé vers les Schwartz Ledges, un système de paliers qui sont surplombés par le glacier (serac) qui, supposément, envoie des projectiles de glace à tout aventurier qui passe sous ses pieds. sincèrement, je n'ai rien vu de tel, pas même le moindre craquement, et j'ai facilement négocié cette difficulté sans me mettre trop en danger. Le brouillard m'a toutefois envahi et je ne pouvais plus voir à plus de 5 mètres de distance. Décidément, j'adore cette montagne :p!

Ensuite, le party commençait. 200m d'escalade mixte (glace/neige/roche) avec conditions instables et dangereuses. J'ai presque chié dans mes culottes tellement j'avais peur. La moindre erreur m'aurait envoyé dans un précipice de 2000m, jusqu'au Kinney Lake via le grand couloir. Au fur et à mesure que je grimpais (sur l'adrénaline ben raide) le doute s'intensifiait à savoir si j'allais pouvoir redescendre sécuritairement...J'ai décidé de me concentrer sur le présent plutôt que sur le futur pour éviter de créer une brèche dans ma confiance.

Après cette difficulté, je suis arrivé sur un terrain beaucoup moins dangereux de neige et de glace incliné à 45 degrés allant parfois jusqu'à 70. La glace était bonne et facile à pénétrer avec mes outils, même pour un gars de roche comme moi peu habitué à la glace. Je grimpai rapidement cette section (200-300m verticaux) pour arriver à une épaule lacéré par le vent. Je me faisais pratiquement soulevé par ce dernier et je commençais à en avior plein mon casque de me sentir en danger immédiat de mort, sauf que j'étais tellement rendu loin que je ne pouvais me résoudre à abandonner. J'ai donc continué à avancer jusqu'à ce que je vois les traces de Mike et Lucas qui bifurquaient vers l'Est à travers le glacier. À partir de ce moment et selon ce qu'ils m'avaient montré et dit, je savais exactement où j'étais. Les gargouilles de glace formaient une rangée sur ma droite, tandis que le ridge faisait corniche sur le vide à ma gauche. Si les conditions avaient été bonnes, j'aurais pu apercevoir le sommet de cet endroit. Le glacier à ma droite était rempli de crevasses et je ne pouvais me risquer à passer par là. Je tentai donc ma chance vers l'avant, mais je restai bloqué quelques centaines de mètres plus loin par une énorme parois glacée, surplombée d'une corniche de neige. Impossible d'avancer plus loin. Je m'assieds du mieux que je pouvais dans cette pente de 60 à 70 degrés et je me mis à jauger les risques qui m'entouraient: Le vent semblait gagner en intensité, le brouillard semblait bien installé et les crevasses me fouttaient carrément la chienne.

J'ai donc décidé de rebrousser chemin à 3800m environs, peut-être plus, à peine 150m sous le sommet. Un choix très difficile, mais probablement approprié dans les circonstances. Ma copine a pesé pour beaucoup dans la balance, car je ne cessais de penser à elle et au risque de la décevoir en perdant la vie stupidement sur ce monstre enneigé.

Étonnement, j'ai descendu les obstacles avec beaucoup plus de facilités que je ne les avais grimpés. J'ai déclenché une petite avalanche de roche et de glace qui m'a pratiquement arraché du mur, mais qui n'a finalement réussi qu'à m'entailler le nez d'une roche. À part cet incident, j'ai regagné Little Robson avec une joie non dissimulée, mais encore là, je savais que je n'étais pas en sécurité encore. Quelques rappels bien placés avec la corde de piètre qualité m'ont ramené à la dernière parois de roche que je devais dégrimper pour gagner le sentier principal de la hut. Comme c'était la deuxième fois que je la faisais, l'épreuve fut beaucoup plus facile que la première fois et je pus exprimer ouvertement ma joie d'avoir survécu à toutes ces épreuves. Je vidai plusieurs fois mes poumons en des cris victorieux, malgré le fait que je n'avais pas atteint le sommet. Il ne me restait qu'à redescendre les derniers 1600m...le lendemain matin. Je laissai la mort suspendue, là où elle continuerait de m'attendre...

Grimper Robson fut un merveilleux combat où j'ai énormément appris sur moi-même. J'ai fait preuve de courage, de détermination et d'intelligence à travers mes multiples décisions. J'ai su reconnaître mes limites et j'ai mis un point d'honneur à mon expérience en revenant sain et sauf (en un seul morceau). Par chance ou par habileté, je ne sais trop, je m'en suis sorti indemne, avec une simple cicatrice sur le nez! Je n'ai pas eu le dessus sur Robson, mais il n'a pas enlevé les honneurs non plus. Grimper une Alpine IV class en solo est très dangereux, mais également très tonifiant. Tout est affaire de risque et d'évaluation. Il peut paraître stupide d'en faire autant, mais le thrill est là pour compenser. Peu importe l'opinion, qu'il soit favorable ou non, que l'on peut avoir sur mon expérience, il faut en retenir que la vie est dangereuse en elle-même. que conduire un véhicule et aussi dangereux que de grimper une montagne en solo si l'on est bien préparé. Partout il y a du risque objectif...s'agit de décider...lequel affronter!

Il faudra donc se dire mutuellement "à la prochaine" pour déterminer un véritable gagnant!

0 commentaires: