mercredi 30 septembre 2009

Alberta PART 3

Lake Louise (AB), dimanche le 2 août 2009


À mon réveil, il faisait beau soleil.


Avec le beau temps, je me sentis deux fois plus motivé que la veille et mon esprit n’avait d’intérêts que pour l’aventure. Le bain était chaud, ne restait qu’à sauter dedans !


Je déjeunai en compagnie de Carl, un voisin à Émi qui devait d’ailleurs reprendre la route du Québec cette journée-là. C’est dommage parce qu’on s’entendait à merveille tous les deux et nous aurions pu partir à l’aventure à deux n’eut été de ces circonstances.


Afin de nous consoler, Émi a proposé d’engloutir une quantité monstre de pains dorés, ce que nous fîmes avec joie.


Je préparai ensuite mon sac, abandonnant quelques effets personnels au passage pour réduire mon poids afin de me surcharger avec 15 livres supplémentaires de nourriture. Émi se proposa pour venir me porter au Sunshine Village, situé à quelques 40km de Lake Louise. Ce faisant, elle hypothéquait sa journée puisqu’elle travaillait à 15h. Je lui suis donc très reconnaissant !


Après l’achat d’une carte topographique du Mt. Assiniboine et de la région environnante, de gaz pour mon réchaud et de nourriture, nous prîmes la route. Il était déjà 13h à ce moment et la chaleur était accablante. Émi me déposa dans le stationnement en me souhaitant bonne route. Elle me mit encore une fois en garde contre moi-même (mieux vaut deux fois qu’une !). Quitter Émilie fut plus difficile que prévu, mais cela se fit tout de même sans trop de larmes et de délai.

Lorsque j’ai vu son auto disparaître au tournant de la route, j’ai continué à fixer stupidement la route. Ça m’a pris du temps pour me rendre compte que j’étais enfin seul…que je touchais la liberté la plus pure qui soit ! Libre d’aller où bon me semble, prendre le temps qu’il faut pour y aller et ne pas s’en faire avec rien. En fait, je ne pensais qu’à l’incroyable grandeur des terres sauvages qui s’étendaient entre le parking et le Mt. Assiniboine.


Pour se rendre au village de ski durant la saison morte (lire estivale), il faut gravir 500m de dénivelé qui s’étend sur un sentier de 6,5km.


Note à moi-même : ne plus jamais partir aussi chargé lors d’aventures subséquentes ! 70lbs de matériel et de bouffe, c’est beaucoup trop ! La prochaine fois, je ferai héliporter mes effets personnels.


J’étais tout de même content d’être parti et de pouvoir marcher à travers une aussi belle contrée. La chaleur était étouffante soit, mais chaque détour du sentier amenait son lot de découvertes. Les mouches à chevreuils s’en donnaient à cœur joie en me dévorant carrément aussitôt que j’avais le malheur de prendre une pause, mais je n’en avais cure. J’étais ici pour en profiter et, comme Gaétan Martineau me l’avait si bien dit, rien au monde ne pourrait me retirer les instants que je vivais à ce moment !


Malgré les efforts, malgré les épreuves, je le savais, j’allais sortir vainqueur.


La montée était incroyablement difficile, pénible. Et même si j’avançais vite, tout mon corps souffrait tant pas la chaleur que par l’effort que lui faisait subir.


Arrivé à 500m du village, un bus pointa à l’horizon, grimpant la longue route de gravier derrière moi. Si j’avais su, j’aurais profité de ce moyen de transport, parce que j’étais déjà « explosé », détruit.


Tout sourire, le chauffeur, m’offrit de monter à bord sans payer, ce que je fis sans poser de questions ! Voyant l’heure tardive (14h30), il me demanda vers où je me dirigeais. Je lui expliquai mon « plan », ce à quoi il répondit : « You can’t do that ! » Ce à quoi je lui répondis : « I sure can sir ! » Comme si le labeur me semblait tout naturel, ce qui n'était pas un mensonge après tout. Qu’est-ce que parcourir 40km à pieds si ce n’est que de marcher longtemps ?


J’en ai vu d’autres ! pensais-je.


Arrivé au village, je notai immédiatement le sentier qui disparaissait derrière la colline, marquant la limite des meadows (c’est comme ça que les anglophones nomment les plateaux de montagnes).


Je m’empressai de le suivre. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour atteindre le haut de la colline du village. Tout ce qui s’étendait au-delà ne peut être que vaguement décrit.


Aussi loin que pouvaient porter mes yeux, je contemplais une immense vallée verte, clairsemée d’orangé. Inondées de soleil, de gigantesques montagnes faisaient rempart à la vallée que je devais suivre. Le sentier était visible des kilomètres à l’avance puisque le chemin grimpait graduellement dans la vallée sur une dizaine de kilomètres. Au loin, dominant le paysage, se dessinait la silhouette du Mt. Assiniboine. Du haut de ses 3618m, à plus de 30km de distance à vol d’oiseau, elle projetait l’ombre de sa face nord jusqu’au Sunshine Village où elle ne m’apparaissait que sous la forme d’un vague triangle à l’horizon.


Mt. Assiniboine est le triangle vaguement visible en plein centre de la photo.


J’eus un pincement de cœur en l’apercevant et je ne pus empêcher mes yeux de se noyer de larmes. J’étais ici pour ça, pour ce genre de moment et personne ne pourrait me l’enlever, jamais !


Le paysage était tout simplement trop beau ! Il n’y a définitivement pas de mots assez puissants pour décrire une scène pareille. Je vacillais entre le rêve et le réel, déstabilisé sous l’effet combiné de la chaleur, de l’adrénaline et de la beauté du paysage.


Quelques minutes plus tard, j’arrivai à la croisée des chemins. À droite descendait le sentier pour « touristes », celui qui était le plus fréquenté, vers Rock Isles Lake. Ma voie tournait plutôt à gauche, ne devenant qu’un minuscule sentier de la largeur d’une personne.


Je ne m’inquiétais pas trop de l’heure, bien que l’après-midi soit pratiquement terminée, puisque je n’avais pas de tente et que je projetais de dormir lorsque la nuit allait me frapper ou lorsque mes jambes cesseraient de me porter. Dans les meadows, on pouvait apercevoir des milliers de spermophiles, petits rongeurs issus d’un croisement entre une belette et d’un écureuil. À perte de vue, ils gambadaient en sautillant dans les prés, c’était incroyable. Je pris mon temps pour immortaliser ce moment.


Quelques kilomètres plus loin, j’arrivai au Howard Douglas Lake, anciennement connu comme étant le Sundown Lake. Sur la rive nord, j’aperçu des pêcheurs qui s’en donnaient à cœur joie. Comme mon chemin passait sur la rive sud, je n’ai pas pu leur demander s’ils avaient attrapé quelque chose, mais j’en doute. À cette chaleur, le poisson dort, profondément caché dans la noirceur de son puit.


Je continuai donc de marcher à travers les champs parsemés de toutes les couleurs. Dans la vallée, des millions de fleurs chantaient au gré du faible vent venu de l’ouest, répandant pollen et parfum dans l’air !


La fatigue, malgré mon état euphorique, commençait à se faire sentir, la faim également. Mon eau commençait à se faire rare et mes genoux me priaient de mettre un terme à leur agonie.


Je rencontrai, par chance, un couple marchant en sens inverse. J’appris qu’un camping se trouvait à 5km de marche. J’évaluai ma condition et décidai que je pourrais m’y rendre avant 20h.


Je me trouvais alors sur la frontière entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, aux abords du Mount Assiniboine provincial park, à un endroit qu’on nomme Citadel pass. Croyez-moi, cet endroit porte merveilleusement bien son nom. À 2360m d’altitude, l’endroit le plus haut que j’avais jamais atteint dans toute ma vie, le sentier plongeait à quelques 700m de dénivelé dans une vallée de sapins. Et là, en bas, tout en bas, se trouvait porcupine campground, mon refuge pour la nuit.


S’il y a bien quelque chose que j’hais en montagne, c’est descendre, à plus forte raison lorsque je porte un sac à dos pesant la moitié de mon poids.


Porcupine campground se trouve en bas dans la vallée, un peu sur la droite hors du cadre de la photo(700m de dénivelé). On peut voir Assiniboine qui domine absolument tout!


Longue et pénible fut cette descente en enfer. Je n’avais plus d’eau et surtout plus de force. J’avais faim, j’avais chaud, les insectes avaient festoyé plus qu’avec modération. Je saignais à des endroits tellement ils s’était rassasiés sur mon chaste corps.


J’arrivai enfin au camping après 5h08min d’efforts. J’avais maintenant parcouru 21km, soit plus de la moitié du trajet. J’estime le dénivelé total à plus de mille mètres dû au fait qu’on doit monter et descendre dans quelques vallées.


Je constatai que le campground était plein de gens. Je me consolai en me disant que je pourrais au moins partager ma douleur avec d’autres campeurs !


Je soupai rapidement, en prenant bien soin d’éviter de me faire manger tout rond par les spermophiles affamés qui peuplaient les environs.


L'armée de spermophiles prêts à dévorer mon âme


Nous fîmes un feu et j’observai, non sans grand étonnement, le soleil disparaître derrière les montagnes à 23h. Oui oui, vous avez bien lu…23h ! Complètement dément.


Bien entendu, lorsque je souhaitai bonne nuit à tout le monde et qu’ils se rendirent compte que je n’avais pas de tente, j’eus droit au sermon sacramentaire du jeune innocent. So be it ! Je ne me tannerai jamais que des gens veulent me protéger de moi-même ! J’acceptai qu’ils me prêtent une couverte d’aluminium de secours, « en cas que… »


Je m’endormi comme un bébé, roulé en boule dans mon sac de couchage, bien à l’aise sur mon matelas de mousse humide. Les yeux tournés vers le ciel parfaitement étoilé, j’oubliai tous mes soucis, bordé par le doux parfum des sapins comme le faisaient mes parents lorsque je n’étais qu’un gamin !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

tres belle ecriture

IronDan a dit…

Merci, comme j'écris sous pression (3-4 pages par jour) Le texte n'est pas "parfait" à mon goût, mais ça se tient!